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Entre la première ligne et les lignes téléphoniques : Marianne Gervais et ses collègues infirmiers en santé publique offrent soins et espoir aux patients en quarantaine atteints de la COVID 19

14 mai 2020
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Il y a maintenant huit semaines que Marianne Gervais a annulé ses vacances de famille en Floride à cause de la COVID‑19. En tant qu’infirmière de Santé publique Ottawa, elle connaissait les risques d’un tel voyage et a choisi de rester à la maison, malgré les protestations de ses trois filles. Elle savait aussi que ses aptitudes professionnelles seraient grandement sollicitées, le système de santé ayant besoin de toute l’aide possible pour composer avec cette pandémie mondiale sans précédent.

Depuis le début de la crise à Ottawa, Marianne dirige une équipe d’infirmiers qui font le suivi avec les résidents ayant reçu un diagnostic de COVID‑19 et veillent à ce qu’ils reçoivent les soins nécessaires.

Une femme aux yeux et aux cheveux bruns est assise à un poste de travail, sur une chaise de bureau. Une bouteille de désinfectant pour les mains est posée sur le bureau derrière elle.
Marianne Gervais, infirmière de Santé publique Ottawa, nous explique par vidéoconférence à quoi ressemble le quotidien d’un travailleur de première ligne traitant des patients confrontés à la réalité que nous redoutons tous.

Marianne, comment se sont passés les deux derniers mois?

C’est une situation particulièrement intense depuis le début. Actuellement, on voit de plus en plus de cas chez les travailleurs de la santé parce que le gouvernement provincial a exigé que tous les travailleurs des soins de longue durée passent un test. On a ainsi découvert de nombreux cas asymptomatiques, ce qui prouve l’importance du dépistage à grande échelle.

Dans les quatre dernières semaines, nous avons fait un suivi quotidien avec tous les résidents ayant reçu un diagnostic de COVID‑19, confirmé ou présumé selon leur exposition et leurs symptômes. Ce suivi demande beaucoup de temps au personnel, alors nous avons dû restructurer un peu nos activités.

Chaque infirmière ou infirmier responsable chapeaute une équipe de quatre ou cinq infirmiers. Nous avons aussi des employés de soutien, mais ils ne travaillent pas toujours avec la même équipe; ils se déplacent selon les besoins.

Recevez-vous aussi de l’aide du secteur de la santé à plus grande échelle?

Absolument. Nos infirmiers en santé publique sont des guerriers, et nous avons développé un bon réseau pour les soutenir. Nos employés de soutien proviennent d’un peu partout dans le domaine de la santé : étudiants en soins infirmiers, étudiants en médecine, infirmiers du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, infirmiers praticiens et ainsi de suite. Nous avons même de l’aide de dentistes et d’employés de cliniques spécialisées qui sont actuellement en congé forcé. Collectivement, ils ont investi des tonnes d’heures, ce qui a vraiment eu un effet décisif, surtout sur le dépistage des contacts avec les porteurs du virus.

Vous avez dit faire un suivi quotidien par téléphone auprès des patients atteints de la COVID‑19. À quoi ressemblent typiquement vos appels?

L’une des difficultés du virus, c’est qu’il est hautement imprévisible. Il arrive parfois qu’un patient se sente mal une journée, mais arrive à se débrouiller à la maison, puis que le lendemain, tout dégénère et qu’il ait besoin d’aller à l’hôpital. Les suivis quotidiens nous permettent de guetter l’apparition et l’aggravation de symptômes.

Puisque les suivis se font par téléphone et non en personne, nous essayons autant que possible de toujours assigner la même infirmière ou le même infirmier à un patient. Lorsque la situation d’une personne s’améliore ou s’empire, ça s’entend. Ainsi, en permettant aux infirmiers de se familiariser avec la voix de leurs patients, on s’assure que ces derniers obtiennent des soins adéquats et sont hospitalisés lorsque nécessaire.

Que pensent les patients de ces appels quotidiens?

La plupart d’entre eux sont reconnaissants du suivi régulier. Ils doivent demeurer en quarantaine pendant au moins 14 jours, et certains vivent seuls. Le temps peut être long. Ça leur fait du bien de pouvoir nous parler.

Je sais que vous parlez avec des dizaines de patients chaque semaine, mais y en a-t-il qui vous ont particulièrement marquée?

Je ne suis pas près d’oublier mes premiers patients atteints de la COVID‑19. Il y a une femme en particulier qui combattait un cancer.

Elle faisait tout ce qu’il fallait, appliquait scrupuleusement tous les protocoles, mais son cancer avait affaibli son système immunitaire, et elle a contracté le virus. Puisqu’elle avait la COVID‑19, elle a dû arrêter ses traitements de chimiothérapie, et pourtant, elle se souciait davantage des conséquences pour les autres, notamment pour un parent qui était venu d’une autre ville pour prendre soin d’elle. Il m’était évident qu’elle se sentait coupable et qu’elle avait peur d’infecter quelqu’un d’autre.

En tant qu’infirmière, j’ai l’habitude de traiter des patients gravement malades, mais la culpabilité que ressentent les personnes atteintes de la COVID‑19 me fait mal au cœur. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je suis reconnaissante que le suivi soit quotidien : je peux veiller sur la santé mentale de mes patients en plus de leur santé physique.

Comment les appels changent-ils lorsque les gens approchent la fin de leur quarantaine?

À peu près tout le monde pose les deux mêmes questions : est-ce que je suis immunisé, et comment puis-je aider?

Les gens sont vraiment désireux d’aider après leur guérison. La Société canadienne du sang participe à un essai clinique national visant à tester des traitements par le plasma pour combattre le virus, alors on conseille généralement aux patients d’explorer cette avenue.

Pour ce qui est de l’immunité, il semblerait que les personnes guéries sont immunisées pour un an ou deux, mais ce n’est pas certain. C’est pourquoi nous recommandons à tout le monde de continuer à suivre les consignes d’éloignement physique et de lavage des mains.

Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur le dépistage des contacts?

C’était très demandant, au début. Nous essayions déjà de dépister les contacts avant que les mesures de confinement ne soient mises en place, et il me fallait parfois trois jours pour appeler toutes les personnes avec qui un patient était entré en contact. Maintenant que le volume de contacts est moindre, je peux effectuer un dépistage complet pour trois ou quatre patients par jour, avec l’aide du personnel de soutien.

Comment les gens réagissent-ils à vos appels? Sont-ils angoissés?

C’est moins fréquent qu’au début de la crise, mais il arrive encore que les gens qui ignorent l’identité de la personne qui pourrait les avoir contaminés demandent qu’on la leur révèle. Parfois, ils se fâchent lorsque nous répondons que le processus est anonyme. Nous aimons à souligner que, si les rôles étaient inversés et qu’ils étaient eux-mêmes infectés, ils voudraient que nous respections leur droit à la vie privée.

Et comment ça va à la maison?

J’habite dans le secteur rural à l’est de la ville avec mon mari et mes trois filles, mais aussi mes parents, mon frère et ma nièce, alors l’isolement n’est pas un problème chez moi! Mes parents nous donnent un coup de main avec les enfants, et mes filles adorent jouer avec leur cousine.

Ce que je vois dans mon rôle d’infirmière me donne une tout autre perspective de la crise, et quand je quitte le travail le soir, je me sais chanceuse d’avoir une grande famille unie qui m’attend à la maison.

Trois sœurs sont assises sur une grosse roche, à côté de laquelle se tient leur mère.
Depuis le début du confinement, les filles de Marianne Gervais passent beaucoup de temps dehors. Même si elles s’ennuient de leurs activités parascolaires, selon Marianne, elles sont heureuses d’avoir plus de temps libre et ainsi de profiter davantage de leur enfance. De gauche à droite : Maïka (12 ans), Mélina (10 ans), Marilie (7 ans) et leur mère Marianne.

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