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Lorsqu’on est parents de trois jeunes enfants et que l’on travaille tous les deux dans le secteur de la santé, il faut vivre les allers-retours entre le travail et la maison un jour à la fois en période de pandémie.

4 mai 2020
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Comme tant d’autres couples parents de jeunes enfants, Chris Mosher, ambulancier paramédical, et Geneviève Mosher, infirmière en santé publique, sont dans le feu de l’action et tentent de trouver un équilibre entre vie professionnelle et rôle parental pendant cette pandémie de COVID-19. Mais la nature même de leur travail leur offre à chacun une perspective unique sur la crise de santé publique. Leur rôle respectif dans le système de santé est peut-être très différent mais, face à l’état d’urgence, ils tirent parti de leur expérience réciproque et comprennent particulièrement bien les enjeux de la lutte menée par la Ville contre la COVID-19.

Une famille de cinq pose pour une photo sur le perron de leur maison.
Exemple parmi les plus inspirants de vies transformées par une crise, le couple formé par Chris Mosher, ambulancier paramédical, et Geneviève Mosher, infirmière en santé publique s’est rencontré il y a dix ans à l’occasion de la pandémie de grippe H1N1, alors qu’ils travaillaient tous les deux dans une clinique de vaccination.

Chris, en quoi la COVID 19 a-t-elle modifié votre travail d’ambulancier paramédical?

Chris : À cause de la COVID-19, nous devons adapter constamment nos procédures et nos protocoles. Nous avons des formations d’appoint presque chaque jour afin de répondre aux appels tout en protégeant la santé des membres de la collectivité dans son ensemble.

Qu’est-ce qui a changé dans votre manière de répondre aux appels?

Chris : Nos agents de répartition d’ambulances utilisent un outil de sélection qui leur permet d’évaluer le risque associé à chaque situation mais, en ce moment, nous intervenons environ neuf fois sur dix en équipement de protection individuel complet, c’est-à-dire une visière, des lunettes de protection, un masque N-95, une blouse longue et des gants.

Quel genre de logistique applique-t-on quand on porte un équipement de protection individuel?

Chris : Ce n’est pas facile de se faire comprendre à travers tout cet équipement de sécurité, alors la communication est parfois compliquée. Et on a très chaud. Il faut parfois transporter des gens dans les escaliers, alors on transpire et on peut avoir de la difficulté à voir si nos lunettes s’embuent.

Il faut pas mal d’entrainement et d’expérience pour enlever son équipement tout en évitant la contamination croisée. Et l’opération demande beaucoup de temps – il faut compter environ trois minutes à chaque fois.

Les types d’appel sont-ils différents ces jours-ci?

Chris : J’ai l’impression que le volume d’appels que nous recevons diminue un peu. Nous répondons à moins d’appels concernant des traumatismes et des maladies en général, mais les urgences médicales sont devenues nettement plus compliquées à évaluer et à traiter, compte tenu de la pandémie.

Quels genres d’interactions avez-vous avec vos patients?

Chris : Une grande partie du travail d’ambulancier paramédical consiste à gérer les situations sur place. Nous avons dû adapter notre manière d’interagir avec les patients parce que l’équipement de protection individuel change la dynamique. Au début de la pandémie, ce fut un véritable choc pour les gens de nous voir en équipement complet.

Si la nature de l’intervention le permet, nous communiquons en respectant une distance de sécurité pour que les patients aient le temps de s’habituer à notre apparence. Ensuite, nous leur expliquons progressivement ce que nous portons pour les mettre à l’aise. En présence d’enfants, nous essayons de faire des blagues et de les rassurer avant d’enfiler tout cet équipement. La gestion des émotions des gens peut faire une grosse différence dans le traitement. Il est donc important d’établir un lien avec les patients et de nous assurer qu’ils se sentent en sécurité et à l’aise.

Comment se passe votre collaboration avec le personnel hospitalier?

Chris : Les infirmières, les infirmiers, les médecins et les thérapeutes respiratoires des cinq hôpitaux d’Ottawa sont des proches et des collègues. Et pourtant ça n’a pas été évident, pendant les premières semaines de cette pandémie, de gérer nos interactions. Nous sommes normalement très liés, nous nous connaissons parfaitement les uns les autres mais, avec la pandémie, nous avons pour ainsi dire été obligés de rétablir notre confiance mutuelle et de gérer notre manière de communiquer avec toutes ces couches d’équipement de protection individuel. Nous nous sommes adaptés. L’humour est un bon remède, alors on essaie de se faire rigoler et de garder le sourire. Nous avons besoin de moments de légèreté en cette période difficile.

Un homme en uniforme d’ambulancier à manches courtes et coiffé d’une casquette de baseball pose devant une ambulance stationnée au bord de la rue, par une belle journée ensoleillée.
La pandémie a placé Chris Mosher, sur la photo, et ses collègues ambulanciers en première ligne de la lutte contre la COVID-19.

Qu’aimeriez-vous que les gens sachent du travail qu’accomplissent ces jours-ci les ambulanciers paramédicaux et les autres travailleurs de la santé de première ligne?

Chris : Ce que voient la plupart des gens depuis leur fenêtre n’est pas tellement différent de la situation de l’année dernière à la même période. Ils savent peut-être théoriquement que la crise n’est pas encore terminée, mais la plupart d’entre eux ne la voient pas de leurs propres yeux. C’est probablement pour cette raison que certaines personnes trouvent difficile de rester confinés chez eux et de respecter les directives de distanciation physique.

En tant qu’ambulanciers paramédicaux, nous allons dans les salles d’urgence des hôpitaux et dans les maisons de soins de longue durée. Cette pandémie se déroule sous nos yeux, il n’y donc rien d’abstrait pour nous. J’ai des collègues dont des proches sont à risque, et bon nombre de ces ambulanciers paramédicaux choisissent de s’isoler de leur propre famille. Certains préfèrent par exemple habiter seuls pour éviter tout risque de contaminer des parents âgés ou des proches atteints d’une maladie auto-immune. J’espère que nos concitoyens pensent à ce genre de situation lorsqu’ils sont tentés de sortir malgré l’interdiction.

Geneviève, vous travaillez toujours à plein temps comme infirmière à Santé publique Ottawa, tout en vous occupant de trois jeunes enfants à la maison. Comment cela se passe-t-il?

Geneviève : Je travaille pour le programme Croissance et Développement sains et la moitié de nos employés ont été réaffectés en raison de la COVID-19. Normalement, mes collègues et moi effectuons des visites chez des personnes ayant besoin de soutien, comme les jeunes mamans, les nouveaux arrivants ou encore les mères et les familles vivant en refuge. Ces visites à domicile sont suspendues depuis le 13 mars.

Pour le moment, j’assure le suivi des patients par téléphone ou téléconférence, tout en m’occupant de nos trois enfants à la maison. Ce n’est pas facile de trouver l’équilibre entre ces priorités concurrentes, je ne vais pas vous mentir! Certains jours sont plus difficiles que d’autres.

En tant qu’infirmière et mère de famille, quel conseil donneriez-vous aux parents qui ont de la difficulté à travailler tout en s’occupant des petits ou en aidant leurs grands enfants à se tenir à jour dans leurs travaux scolaires?

Geneviève : Les parents qui travaillent à la maison avec leurs enfants occupent en fait deux emplois à plein temps simultanément. Je crois que le mieux à faire est de tempérer ses attentes et d’essayer de ne pas se mettre trop de pression ou viser la perfection.

Je dis toujours à mes clients de prendre soin d’eux. Vous ne pouvez pas travailler ou vous occuper des autres si vous n’êtes pas bien vous-même, et nous devons prendre conscience qu’il est difficile de composer avec le stress. Nous ne savons toujours pas pendant combien de temps les mesures de confinement seront appliquées. Je conseille donc d’y aller un jour à la fois. Je sais que c’est difficile, mais il faut essayer de se réserver du temps pour soi. Puisque c’est le conseil que je donne toujours à mes patients, j’essaie de prêcher par l’exemple et de faire pareil.

Comment faites-vous?

Geneviève : Pour ma part, l’exercice est vraiment important alors j’essaie de préserver certaines habitudes. Même une demi-heure de cours de conditionnement physique en ligne quelques fois par semaine, par exemple, fait toute la différence sur la santé mentale.

J’essaie également de garder à l’esprit que le stress des parents se communique aux enfants. Plutôt que de rechercher la perfection en ces temps extrêmement difficiles, je m’efforce de garder une atmosphère apaisée à la maison.

Une femme aux longs cheveux bruns est assise à sa table-bar, travaillant sur son ordinateur portable avec deux enfants assis à ses côtés.
De par sa propre expérience personnelle et professionnelle, Geneviève Mosher, infirmière à Santé publique Ottawa, sait qu’il peut être épuisant pour des parents de garder le rythme au travail tout en s’occupant de jeunes enfants. Son conseil? Être indulgent envers soi-même.

Comment interagissez-vous avec vos clients pendant cette période?

Geneviève : En ce moment, il y a des gens à Ottawa qui sont en mode de survie. On n’a qu’à penser aux familles qui comptent sur la banque d'alimentation ou aux nouveaux arrivants qui sont encore en recherche de biens essentiels pour leur lieu de résidence, comme des matelas. Bon nombre de nos concitoyens ont de la difficulté à subvenir à des besoins aussi essentiels que la nourriture ou le logement. Une grande partie de mon travail consiste actuellement à mettre nos résidents les plus vulnérables en contact avec les services sociaux et à m’occuper de femmes qui viennent d’accoucher.

Fait intéressant, je remarque que de nombreuses jeunes mamans avec qui je travaille paraissent plus terre à terre que n’importe qui d’autre en ce moment! Et pourtant, nous voulons nous assurer que les jeunes mamans reçoivent toute l’aide dont elles ont besoin et ne soient pas laissées de côté en pleine pandémie. Nous avons même créé une ligne de soutien téléphonique à l’intention des parents de bébés de zéro à douze mois.

Chris fréquente les salles d’urgence des hôpitaux et votre travail à vous implique normalement des visites à domicile, auprès de familles avec des nouveau-nés et des personnes ayant déjà des problèmes de santé. On pourrait difficilement trouver un ménage qui justifie mieux les ordres de confinement!

Geneviève : C’est tout à fait ça! Notre situation décrit parfaitement pourquoi la levée du confinement risquerait d’avoir des conséquences tragiques en matière de contagion.

Comment avez-vous partagé vos propres expériences en matière de soins de santé au cours de cette pandémie? À quoi ressemblent vos discussions?

Chris : J’aime bien, une fois que les enfants sont couchés, discuter avec Genny de notre journée et confronter nos idées. Personne ne peut comprendre mon travail mieux qu’elle, et je lui en suis plus que jamais reconnaissant en ce moment.

Geneviève : Le hasard a voulu que Chris et moi soyons allés dans les mêmes résidences à quelques occasions, puisque j’assure le suivi de clients chez qui il est déjà intervenu.

Nous travaillons dans le même secteur de la ville et nos fonctions nous amènent à fréquenter souvent les mêmes complexes résidentiels. La nature de notre travail dans le système de santé est bien sûr totalement différent, mais en comparant nos notes – évidemment en respectant toujours la confidentialité – nous arrivons à mieux connaître la collectivité que nous desservons et le contexte social plus général de notre travail.

À quoi ressemblent les moments libres chez les Mosher?

Chris : La distanciation physique n’est pas facile à appliquer dans notre quartier, alors nous faisons beaucoup de balades à vélo. C’est un moyen facile pour nous de toujours s’amuser et de faire un peu d’exercice, sans avoir à s’inquiéter autant pour nos enfants que s’ils se collaient à leurs camarades comme de petits aimants!

A four-year-old boy, two-year-old girl and six-year-old girl on their bikes on the driveway in front of their house on a sunny day.
L’astuce des enfants Mosher face à une pandémie mondiale : le vélo! De gauche à droite : Zachary, quatre ans, Zoe, deux ans (trois ans dans un mois) et Makena, six ans

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