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Pleins feux sur la collection

Se procurer des livres dans le confort de son foyer

Il y a un siècle, l’achat de livres se faisait beaucoup par l’entremise de vendeurs à Ottawa ou dans d’autres grandes villes de la région, entre voisins, ou encore par abonnement.

L’abonnement permettait de recevoir des livres par la poste ou par la visite d’un vendeur, qui cognait à la porte des fermes et des maisons, une valise remplie d’échantillons à la main, à la recherche d’acheteurs potentiels. Ces livres étaient produits par des éditeurs de grands centres urbains spécialisés dans les livres pour abonnement. On dit que Bradley-Garretson, éditeur à Brantford et à Toronto, employait dans les années 1880 deux à trois mille vendeurs à travers le Canada.

L’entreprise J. L. Nichols Limited de Toronto, un autre éditeur spécialisé dans l’abonnement, avait publié, par exemple, The Farmer’s Manual and Complete Accountant, une encyclopédie qui regroupait des conseils sur les pratiques vétérinaires, la calligraphie, la rédaction de contrats, la comptabilité et autres sujets du même genre.

William Whiting, un fermier de la première concession de Marlborough, avait inscrit en date du 4 mars 1904, dans la section Weather Notes du Farmer’s Manual, qu’il avait acheté le livre à un certain W. H. Percival de Kemptville pour 1,75 $. Ce Percival avait-il lui-même un abonnement, ou bien était-il vendeur chez J. L. Nichols Company Limited? Nous ne le savons pas. Ce que nous savons par contre, c’est que la copie de Whiting, conservée par la succursale des Archives de Rideau dans le fonds de Ruth Armstrong (MGR020), nous donne une trace du lien entre le canton de Rideau et la vente de livres par abonnement, juste avant la fin de sa popularité, qui a décliné à l’époque de la Première Guerre mondiale.

Photo : The Farmer’s Manual

Titre : The Farmer’s Manual and Complete Accountant
Source : MGR020
Description : The Farmer’s Manual, vendu exclusivement par abonnement par la J. L. Nichols Company Limited.

Original publié dans le bulletin d’information de juin 2014 de la Société historique du canton de Rideau. Texte rédigé par Stuart Clarkson, archiviste de la Ville d’Ottawa.

Plus qu’un simple dépanneur

Les photos des rues principales du canton de Rideau évoquent les anciens magasins généraux qui occupaient une place centrale dans les petites localités d’autrefois. Nous pouvons facilement imaginer la vaste gamme de produits que ces magasins mettaient à la disposition des gens de la place : biscuits, médicaments pour l’estomac, bottes, clous, noix de muscade, huile pour machines, thé, poli à poêle, papier peint, sucre, livres, savon, boutons, harmonicas, semences de carotte, mocassins, bois de corde et tabac à volonté – un assortiment bien plus vaste que celui des magasins à un dollar modernes qui ont, dans une certaine mesure, pris leur place.

Un homme et un cheval devant le magasin Leach's à North Gower

Titre / Description : Magasin Leach de North Gower
Source : Tweedsmuir History, North Gower Women's Institute Vol. 1, p. 95, no d’acquisition 1994.09, code de réf. MGR049

Les livres de comptes de Thomas Salter (MGR054) nous révèlent une partie de ce que celui-ci vendait dans son magasin de Reeve Craig au tournant du XXe siècle. Certains articles vendus témoignent de changements survenus à l’époque : le voile de religieuse qu’il a vendu à William Beggs en 1894, par exemple, n’était devenu à la mode que dans les années 1880; les pilules roses achetées par Augustus Arcand étaient fort probablement des « Dr. William’s Pink Pills for Pale People », un produit fabriqué pour la première fois durant les années 1890 à Brockville, en Ontario, pour être plus tard distribué dans tout le Commonwealth; le vert de Paris, fabriqué à partir d’acétate de cuivre et de trioxyde d’arsenic, était un insecticide courant à cette époque. Et comme en témoignent les timbres d’oblitération sur la page de garde d’un livre de comptes du magasin Salter, nombre de magasins généraux de l’époque servaient également de bureau de poste local. On trouve aussi des preuves d’affranchissement de lettres recommandées. L’argent liquide étant rare, le crédit était le principal moyen d’effectuer des achats. Toutefois, les livres de comptes font également état de quelques cas de troc : Henry Keys a obtenu une montre Waltham américaine en échange de sept cordes de mélèze vert.

Quelques pages d’un des livres de comptes de Thomas Salter

Titre/Description : Quelques pages d’un des livres de comptes de Thomas Salter
Source : MGR054

Publicités pour les pilules roses du Dr Williams tirées du Ottawa Journal, 1897

Titre : Publicité du Dr Williams Pink Pills
Description : Les pilules roses pour personnes pâles du Dr Williams
Source : L'Ottawa Journal 1898

L’Auberge coloniale – une maison de rêve

En juin 1926, à un peu plus d’un mille au nord de North Gower, sur ce qui était autrefois la route de Prescott, un nouvel établissement servant des rafraîchissements légers était inauguré. Fermant chaque automne, le Colonial Inn rouvrait au printemps, souvent après avoir subi quelques améliorations au cours de l’hiver. En 1929, la salle à manger était chauffée par une nouvelle fournaise qui venait s’ajouter à un charmant foyer, qui était apparemment insuffisant.

Publicité du Colonial Inn

Titre/Description : Publicité dans l’Ottawa Journal annonçant l’ouverture du Colonial Inn.
Source : The Ottawa Journal, p. 6, 2 juin 1926.

annonce de recherche d'aide, Colonial Inn

Titre/Description : « Main-d’œuvre recherchée au Colonial Inn. »
Source : The Ottawa Journal, p. 21, 31 juillet 1926.

En 1935, la propriétaire, Mlle M. Lennan, présentait son établissement comme étant l’une des haltes préférées des automobilistes. Mlle Lennan décrivait elle-même son bâtiment comme « une vieille cabane en bois rond » qu’elle avait améliorée depuis les années 1920 avec du stuc, du plâtre, des planches, un foyer et une cheminée en pierres et, enfin, une nouvelle annexe.

article de presse : « Votre maison près de North Gower. La famille Stevenson emménage au Colonial Inn

Titre/Description : « Votre maison près de North Gower. La famille Stevenson emménage au Colonial Inn. »
Source : The Ottawa Journal, p. 3, 29 juillet 1949

 

En raison des conséquences de la Seconde Guerre mondiale, elle a été contrainte d’abandonner l’endroit, y compris les six acres qu’elle avait laissés en friche pendant un certain temps. En 1946, le capitaine Stanley Stevenson, récemment démobilisé, s’est vu octroyer la propriété en vertu de la Loi d’établissement de soldats et de la Loi sur les terres destinées aux anciens combattants.

Malgré le fait qu’il était auparavant directeur du restaurant de la succursale de l’hôtel Lord Elgin, Stevenson a eu l’idée d’exploiter l’endroit non pas comme un établissement de restauration mais comme un jardin maraîcher. Après avoir effectué certains travaux préparatoires, Stevenson a implanté un verger, lequel comptait 200 arbres en 1949, en plus de consacrer un hectare à la culture d’oignons, trois hectares à la culture de pommes de terre et un demi-hectare à la culture de framboises et de se doter d’un élevage de 20 porcs. Le Colonial Inn est actuellement connu en tant que ferme fruitière, et la succursale Rideau des archives a récemment acquis des documents sur le commerce des fruits dans cette région (MGR185), dont trois volumes de registres d’achat couvrant les années 1963 à 1998.

Les registres révèlent que, en 1965, près de la moitié des ventes de pommes ont été conclues au kiosque de la ferme et que des commandes en gros ont été passées par Rhiza Meadows de Manotick, Bonell Fruit and Vegetables de Spencerville, G. Scharfe de Kars et Carsonby Gardens.

Source : Bulletin de la RTHS de mars 2015

Un phénomène musical en balade à North Gower

Par une journée ensoleillée d’avril 1957, une voiture Desoto Firedome portant l’inscription « Imperial Records » s’immobilise sur l’autoroute 16, à côté de la maison Ashwood à North Gower. La téléphoniste et photographe amateur Elsie Hyland, qui travaillait au central téléphonique voisin, a sans doute vu la voiture s’arrêter. Lorsque quelqu’un sort du véhicule, elle se précipite vers sa propre voiture garée de l’autre côté de la rue pour saisir son appareil photo à temps et, avant même de sortir de sa voiture, elle prend rapidement un cliché d’un Antoine « Fats » Domino stupéfait, qui s’apprête à marcher sur la rue principale.

D’après les photos, il semble que Domino et son équipe se dirigeaient vers le sud à la fin de la matinée du jeudi 18 avril, après s’être produits la veille au « Biggest Show of Stars of 1957 » à Ottawa. Fats était la tête d’affiche du concert, qui réunissait plusieurs artistes, dont Chuck Berry, Clyde McPhatter et le Paul Williams Orchestra, qui ont donné 45 représentations à travers le continent. Le titre à succès de Domino « I'm Walking » atteignait le sommet des palmarès, et le film « Shake Rattle and Rock » dans lequel il jouait venait d’être projeté à Ottawa la semaine précédente, si bien que la foule d’Ottawa était prête à l’accueillir. Domino et les autres artistes n’ont pas déçu le public, mais les spectateurs d’Ottawa ont peut-être eu de la chance. Quelques semaines auparavant, Domino avait manqué plusieurs dates de tournée en raison d’une maladie, et l’une des voitures du groupe avait pris feu près de Washington DC.

À Ottawa, les choses se sont déroulées dans le calme. Sur le parterre de l’Auditorium, les policiers ont surveillé la situation de près et ont dû menacer à deux reprises d’annuler le concert si le public ne pouvait pas arrêter de danser et demeurer assis. Toutefois, il n’y a pas eu de tension raciale et d’ivresse qui, selon les journaux, alimentaient la violence dans certaines salles américaines. En 1956, des émeutes ont éclaté lors de quatre concerts de Domino, et une date dans le Connecticut a été annulée par simple crainte qu’une cinquième n’ait lieu. Au moment où la version d’automne du Biggest Show of Stars de 1957 (qui mettait à nouveau en vedette Domino et l’Ottavien Paul Anka, arrivant à Ottawa en novembre) s’apprêtait à prendre la route, les événements se sont répétés : une étape de la tournée à Washington DC a été annulée en raison des craintes d’émeutes.

Malgré ces tensions, Domino voyait que sa musique rendait les gens heureux et qu’elle les rapprochait, parfois physiquement, d’une manière qui ne s’était jamais vue auparavant. À cette époque, certaines villes du sud des États-Unis obligeaient encore la ségrégation du public pour les spectacles de divertissement, avec des représentations distinctes l’après-midi et le soir, bien que quelques villes aient choisi d’intégrer le public pour la première fois lors des concerts du Biggest Show au printemps 1957. De même, Domino et les autres musiciens noirs n’étaient pas nécessairement servis dans tous les restaurants des États-Unis. Lors de l’édition d’automne du Biggest Show de 1957, Buddy Holly est sorti en trombe d’un établissement qui était prêt à le servir, mais pas les musiciens noirs qui l’accompagnaient. En jouant de la musique, Domino ne visait pas à conscientiser davantage les gens à la culture noire, mais il est clair que ce fut l’un des résultats. Bien entendu, la situation était différente au Canada, mais au moment où Domino se promenait sur la rue principale de North Gower en avril 1957 et posait pour Elsie Hyland, très peu de personnes d’origine africaine résidaient dans les environs. Contrairement aux communautés voisines comme Ottawa, Hull et Perth, les cantons de North Gower et de Marlborough sont demeurés largement ignorés de la diaspora africaine, jusqu’à l’arrivée d’immigrants des Caraïbes dans les années 1960.

L’énorme popularité de Domino a peut-être contribué à combler le fossé creusé par la ségrégation, mais l’importance de cette légende du rock and roll est sans doute méconnue aujourd’hui, même si on ne la juge qu’en fonction de son influence sur l’industrie de la musique. En novembre 1957, lors de sa deuxième visite à Ottawa la même année, à l’occasion de la version automnale du Biggest Show of Stars, Fats Domino avait déjà vendu 25 millions de disques en moins de dix ans de carrière. Le Temple de la renommée du Rock and roll attribue à Domino plus de succès que Chuck Berry, Little Richard et Buddy Holly réunis. La musique de Domino a influencé la carrière d’Ernest Evans (dont le nom de scène Chubby Checker était un jeu de mots explicite du nom de Fats Domino) et des Beatles, parmi beaucoup d’autres, ainsi que celle des artistes jamaïcains qui ont créé le ska. Artiste prolifique, la succession de Domino a hérité des droits de plus de 1 000 titres. Cependant, même dans les années 1950, la majeure partie des revenus (pour les musiciens, en tout cas) provenait des tournées, et non des ventes de disques ou des redevances. On estime que Domino gagnait à l’époque la valeur actuelle de 4,5 millions de dollars par an grâce à ses concerts.

Ironiquement, les photos de Hyland montrent Domino non pas en train de jouer la musique qu’il aimait, mais en route pour son prochain concert, posant pour l’appareil photo d’une admiratrice, ce qui représentait de plus grands défis pour la vedette. Selon une entrevue accordée au magazine Rolling Stone en 2007, « manger de la nourriture qu’il n’a pas cuisinée et parler à des gens qu’il ne connaît pas figurent en tête de liste des activités qu’il aime le moins ». On dit que Domino a abandonné les concerts parce qu’il ne pouvait plus supporter la nourriture. Comme l’indique un article nécrologique publié par Forbes 2017, « … La Nouvelle-Orléans était le seul endroit où il appréciait la nourriture. Il emportait ses propres chaudrons et casseroles en tournée. »

Peut-être que le Ashwood, ou le Bide-A-Wee voisin, a été choisi ce jeudi matin-là, ou peut-être que Fats prenait simplement un café avant de reprendre la route.

Antoine ‘Fats’ Domino beside Imperial Records tour car on Main Street

Titre / Description : Antoine « Fats » Domino, à côté de la voiture de tournée d’Imperial Records sur la rue principale, North Gower, près de Ashwood House, avril 1957.
Source : Rideau Archives, collection Elsie Hyland (MGR109-01) Photographe : Elsie Hyland

‘Fats’ Domino and band/crew member on Main Street, North Gower

Titre / Description : Antoine « Fats » Domino et un membre du groupe ou de l’équipe sur la rue principale, North Gower, près de Bide-A-Wee, avril 1957.
Source : Rideau Archives, collection Elsie Hyland (MGR109-01) Photographe : Elsie Hyland

Original publié dans le bulletin d’information de février 2021 de la Société historique du canton de Rideau. Texte rédigé par Stuart Clarkson, archiviste de la Ville d’Ottawa.
Sources : Ottawa Journal; A Rock 'n' Roll Historian (blogue); The Pop History Dig (blogue); « Fats Domino Concerts: Riots and Rock N' Roll » American Masters (KET.org); Rick Coleman, « Fats Domino: Timeline of His Life, Hits and Career Highlights » American Masters (PBS.org); Charles M. Young, « Fats Domino, Big Easy Legend, Hits New York » Rolling Stone 2007; Mark Beech, « Rock Legend Fats Domino Dies At 89: A Look At His Career » Forbes 2017.

La représentation des Autochtones dans les archives

« Les bâtons et les pierres auront beau me rompre les os, je ne dois jamais me laisser blesser par les mots. » Beaucoup parmi nous ont grandi avec ce cliché percutant, pour éviter de céder à l’intimidation. Pourtant, les mots sont effectivement blessants, et si une photo vaut mille mots, une image peut être terriblement dévastatrice. En cherchant, dans la base de données descriptives des Archives de la Ville d’Ottawa, l’inoffensive expression « costume party » (« fête costumée »), on tombe sur différentes photos, dont celle-ci, intitulée « Lady of Annunciation, Brownie Halloween Party » (« Notre‑Dame-de-l'Annonciation, soirée d’Halloween des Peaux-Rouges »). Si les enfants portent différents costumes, les trois adultes représentés sur la photo sont tous costumés en « Indiens ». Selon les normes d’aujourd’hui, considérer comme des costumes d’Halloween les vêtements des groupes ethniques ou des peuples autochtones est insultant.

« Les costumes "autochtones" de l’Halloween sont vexants pour bien des gens. Nous espérons que nos voix sauront inciter à bien réfléchir avant de vendre, d’acheter ou de porter ces costumes. » – Rebecca Hope Gouthro, The Ubyssey, le 30 octobre 2018.

Les enfants portent différents costumes et les trois adultes représentés sur la photo sont tous costumés en « Indiens »

Titre : Lady of Annunciation, Brownie Halloween Party, 1955
Source : Archives de la Ville d’Ottawa | CA035009

Il n’empêche que ces photos rendent compte des valeurs normatives du passé et peut‑être même du contexte d’une pratique qui a la vie dure. Comment les archives peuvent-elles préserver l’histoire sans continuer d’être complices du colonialisme institutionnalisé? Dans quel contexte faut-il replacer ces photos? Et comment annoncer aux chercheurs qu’ils pourraient tomber sur des photos psychologiquement traumatisantes? Voilà autant de questions sur lesquelles nous nous penchons en prévision de la mise à jour des descriptions et du contenu des archives sur le portail Web des Collections archivistiques et muséales d’Ottawa.

Il ne suffit pas, pour les Archives, de se pencher sur le contenu de leurs collections actuelles : nous tâchons d’enrichir et de diversifier les récits et les anecdotes, préservés en permanence, des citoyens d’Ottawa. Pour comprendre parfaitement l’histoire, nous devons préserver des documents qui constituent la mémoire, racontée à la première personne, de toutes les communautés qui font partie d’Ottawa, dont les Autochtones, les Noirs, les personnes de couleur, les minorités ethniques et la communauté LGTBQ2S+.

Jadis, les archivistes étaient fidèles à un idéal : ils étaient les gardiens de la mémoire. Nous ne narrons et n’éditorialisons pas le sens de cette mémoire. Il faut toutefois constater que cet idéal est essentiellement infondé. L’objectivité est un mirage qu’on ne peut pas maîtriser. Nous devons étaler au grand jour nos processus et nos préjugés.

Diapositives sur plaques de verre

Alors que nous sommes à l’ère des diaporamas numériques et des présentations PowerPoint, la présente collection met en lumière les premières formes de diapositives et de présentations de photographies. Les diapositives sur plaques de verre, utilisées entre 1850 et 1950, se visionnaient à l’aide d’un projecteur appelé lanterne magique, qui diffusait de la lumière. Elles étaient populaires dans les milieux de l’éducation et du divertissement.

Les Archives de la Ville d’Ottawa possèdent plusieurs ensembles de diapositives sur plaques de verre dans ses collections municipales et communautaires. Elles combinent divers procédés photographiques, des œuvres dessinées à la main, des textes, ainsi que certaines œuvres coloriées à la main.

Dans les archives du Service d’adduction d’eau de la Ville d’Ottawa (SAE), on trouve une série de 48 diapositives sur plaques de verre datant approximativement de 1880 à 1926 (RG023-4-1). La plupart de ces diapositives portent sur l’épidémie de fièvre typhoïde de 1911 et 1912 et des efforts de la Ville destinés à désinfecter les réseaux d’aqueduc et d’égout d’Ottawa en vue de contrer la propagation du virus. En effet, les eaux usées non traitées se déversant dans la rivière des Outaouais gagnaient le réseau d’alimentation en eau. Les diapositives pour lanterne comprennent des photographies de la rivière des Outaouais, des égouts et des aqueducs, de même que des diagrammes, des plans, des illustrations, des tableaux, des statistiques démographiques et des rapports. Le SAE utilisait sans doute ces diapositives pour faire des présentations publiques. Le Studio Topley d’Ottawa est l’auteur de plusieurs d’entre elles.

Diver in Ottawa River’s Nepean Bay searching for a leak in Water Works system leads to 1911 Typhoid outbreak, ca. 1911

Title: Des efforts de la Ville destinés à désinfecter les réseaux d’aqueduc et d’égout d’Ottawa
Item number: RG023/CA002258
Description: Un scaphandrier plonge dans la baie Nepean de la rivière des Outaouais à la recherche d’une fuite dans le réseau d’approvisionnement en eau qui aurait causé l’éclosion de typhoïde en 1911, vers 1911

Conservé dans les fonds communautaires des Archives, le fonds de la famille Stewart (MG017) compte 242 diapositives de lanterne. William Stewart s’est établi avec sa famille à Bytown en 1827. Son fils, McLeod Stewart (1847-1926), sera maire d’Ottawa de 1887 à 1888. Les diapositives de lanterne montrent en grande partie des portraits de personnalités politiques locales et d’éminents citoyens d’Ottawa, ainsi que des paysages de la région d’Ottawa réalisés vers les années 1870 à 1896 (MG017-06-493).

Exterior view of CPR offices at 42 Sparks Street, corner of Elgin Street, [1894-1896]

Title: Des bureaux du CPR au 42, rue Sparks
Item number: MG017/CA002201
Description: Vue extérieure des bureaux du CPR au 42, rue Sparks, à l’intersection de la rue Elgin, [1894-1896]

Ce fonds renferme également un ensemble de diapositives de lanterne illustrant le projet avorté de canal maritime de la baie Georgienne qui aurait relié Montréal et Ottawa aux Grands Lacs d’amont. Ardent défenseur du projet, McLeod Stewart aurait utilisé les diapositives dans le cadre de ses démarches d’obtention d’un soutien financier pour le projet.

Texte rédigé par Theresa Sorel, archiviste de la Ville d’Ottawa | Avril 2021.

Souvenirs d’amitié : Cadeaux offerts aux maires d’Ottawa

Offrir des cadeaux est un rituel qui remonte à la nuit des temps, en signe de bonne volonté entre les peuples de différents clans et de différentes cultures. Aujourd’hui, cet important rituel est devenu une pratique diplomatique lors de visites de dignitaires.

À la Ville d’Ottawa, recevoir des invités constitue un événement officiel lors duquel un protocole bien établi doit être respecté. Les visiteurs à Ottawa sont des membres de la royauté, des chefs d’État étrangers, des dirigeants politiques, des délégations et des organismes communautaires. En arrivant à l’hôtel de ville d’Ottawa, les invités sont officiellement accueillis, puis s’entretiennent avec le maire. Viennent ensuite l’échange de cadeaux et la signature du livre des visiteurs du maire.

Le maire Jim Watson accueille Minerva Jean A. Falcon, chargée d’affaires de la République des Philippines dans son bureau.

Titre/Description : Son Honneur Jim Watson, maire d’Ottawa, accueille Minerva Jean Falcon, chargée d’affaires de la République des Philippines, en 2011
Source : CA025896 | Photographe de la Ville d’Ottawa

Les cadeaux au maire sont un symbole de l’amitié tissée entre la Ville et des personnes et des pays du monde entier. Une fois offerts, les cadeaux sont exposés dans le Bureau du maire afin que les visiteurs puissent les admirer. Ces cadeaux sont par la suite transférés aux Archives de la Ville d’Ottawa aux fins de leur préservation en tant que témoignages durables d’amitié.

Réplique miniature d’un tricycle motorisé offert en cadeau au maire de la part de la République des Philippines

Title/Description : Cadeau offert au maire par la République des Philippines, en 2011
Source : AVO/CA025898 | Photographe de la Ville d’Ottawa

L’équipe des Archives a pour mandat d’assurer la consignation, la sauvegarde et l’entretien de ces cadeaux. Elle entrepose les objets anciens dans l’une des quatre chambres fortes à environnement contrôlé, examine chacun d’eux en vue d’expositions et les prépare afin qu’ils puissent être présentés au grand public. Actuellement, il y a plusieurs cadeaux exposés dans l’espace Cadeaux offerts aux maires d’Ottawa, à l’hôtel de ville d’Ottawa.

Texte rédigé par Jacinda Bain, archiviste de la Ville d’Ottawa | Mai 2021.

Project 4000

En 1975, deux ans après le départ des troupes américaines du Vietnam-du-Sud, Saigon tombe sous le joug des forces communistes. Malgré la fin de la guerre et l’unification du Vietnam, la persécution des ceux qui ont appuyées les forces américaines et l’ancien régime démocratique du Vietnam-du-Sud s’installe. Des millions de sympathisants et d’anciens militaires sont envoyés dans des camps de rééducation, sont obligés de déménager, ou sont emprisonnés.

Ils sont près de 4 000 réfugiés à arriver à Montréal en 1975 parmi les 5 600 admis au Canada entre 1975 et 1976. En seulement deux ans, plus 1,4 million de Vietnamiens fuient leur pays pour trouver refuge ailleurs. En 1978, la Chine entre en conflit avec le Vietnam ce qui provoque une seconde vague personnes à fuir le pays.

La majorité fuira par voies terrestres, par contre d’autres, en nombre impressionnant, utiliseront des bateaux et des embarcations de fortune pour s’échapper.  Plusieurs devront soudoyer des passeurs, pour embarquer sur de vieux rafiots affrétés par des trafiquants humains naviguèrent les eaux tumultueuses de la mer de Chine. Un nombre évalué à plus de 300 000 personnes prirent la mer mais le tier périra en mer.

Les pays avoisinants, la Malaisie, les Philippes, l’Indonésie, le Singapour, et la Thaïlande arrêtèrent d’accepter les réfugiés qui arrivaient en trop grand nombre en 1979. Les Nations Unies, lors d’une réunion d’urgence, mettent en place une réponse coordonnée des pays membres à la crise des réfugiés.

Émue par les images de cette crise humanitaire, Marion Dewar, alors maire d’Ottawa, décide de réunir des membres de la communauté, des diverses institution religieuses, d’associations et des leaders du monde des affaires pour discuter de l’aide possible à apporter. Lors de la rencontre, elle demandera avec force à ce des moyens de pression soient mis en place afin que le ministère de l’Immigration augmente de 4 000 le nombre prévu de réfugiés qui seront admis pour la seule Ville d’Ottawa.

Elle reçoit l’appui unanime du Conseil, et mettra en place une consultation publique sur le Projet 4 000. Plus de 3 000 personnes assisteront aux présentations, et examineront les options d’aide proposées.

La Ville d’Ottawa fournira 25 000 $ pour démarrer le Projet 4 000, qui sera incorporé à titre d’organisme à but non-lucratif ayant pour mission d’aider les résidents d’Ottawa qui participeront au programme de parrainage privé des réfugiés du gouvernement Canadien. 

Projet 4 000 mettra en place des groupes de bénévoles qui coordonneront : logement, santé, éducation, emploi, relations avec les médias, et levées de fonds.

Enfants vietnamiens dans une salle de classe

Titre | Description : Vietnamiens à Ottawa – Enfants vietnamiens dans une salle de classe 1980, Peter Brousseau, photographe CA027333
Source : MG011

D’après le ministre aux affaires extérieur Flora McDonald le Projet 4 000 a été l’élément catalyseur qui a convaincu les membres du cabinet d’approuver l’augmentation substantielle du nombre de réfugiés admis.

Jusqu’à la dissolution de l’organisme Projet 4 000 en 1983, environ 2 000 réfugiés se sont installés à Ottawa sous le programme de parrainage privé et 1 600 grâce au programme du gouvernement fédéral.

Il est facile d’imaginer le choc culturel et les défis considérables auxquels ils ont dû faire face. Cet organisme, dont Marion Dewar a été l’instigatrice, a été le soutien et l’outil principale d’intégration de ces nouveaux arrivants dans notre communauté ottavienne. 

Communiqué de presse – Projet 4 000

Titre | Description : Communiqué de presse de la Ville d’Ottawa du 29 juin 1979, p. 1
Source : RG007-11-03-01 01

Article du Ottawa Journal : Des éloges pour le plan de Dewar

Titre | Description : Praise for Dewar’s plan (Des éloges pour le plan de Dewar) Ottawa Journal – édition du jeudi 5 juillet 1979, p. 47
Source : MG011

Texte rédigé par Anne Lauzon, archiviste de la Ville d’Ottawa.

Mettons Ottawa et la Tribune de la presse parlementaire en lumière à l’époque de la Confédération

L’album personnalisé D. Palmer Howe (MG825) est un album intrigant mettant en vedette une collection de photos originales en noir et blanc d’Ottawa à la fin des années 1860 et au début des années 1870. Créé vers Noël en 1873, l’album a peut-être été compilé par Howe pour commémorer son séjour à Ottawa lorsqu’il représentait la St. John Tribune à la Tribune de la presse parlementaire. Les images illustrent une époque décisive de la ville et évoquent une certaine tension alors qu’elle devenait la capitale du nouveau Dominion du Canada. Elles démontrent également le rôle de la presse lors de cet événement.

Vue d’Ottawa en direction des chutes de la Chaudière

Titre/Description : Regard vers les chutes de la Chaudière, CA027328
Article : MG825

L’album de Howe commence par un collage d’images des nouveaux et très coûteux édifices du Parlement. Sur 55 photos compilées par D. Palmer Howe (1846-1874), 11 d’entre elles illustrent ce qui était alors le plus important chantier de construction en Amérique du Nord. Ces longs travaux de construction, qui ont eu lieu de 1859 à 1876, ont suivi la désignation d’Ottawa comme capitale nationale et se sont poursuivis longtemps après la Confédération. Ces photos comprennent l’extérieur de l’édifice du centre, de l’ouest et de l’est ainsi que l’intérieur de la Chambre des communes et la chambre du Sénat, indiquant leur style néo-gothique grandiose qui évoque les Chambres du Parlement britannique et sa démocratie parlementaire.

Les impressionnantes images du Parlement sont immédiatement suivies d’une douzaine de photos de la rivière des Outaouais et du commerce du bois. Elles documentent les chemins de schlitte, les moulins et les énormes piles de bois de la ville, qui révèlent la dominance constante du commerce du bois à l’époque, à la fois pour l’économie et pour le paysage d’Ottawa. Un point de vue important, peut-être pris à partir de l’escarpement du Parlement, illustre les chutes de la Chaudière (CA027328) et démontre l’amalgame de structures industrielles et résidentielles dans la région, dont la construction de certaines d’entre elles semble précaire sur le bord des ravins. On aperçoit dans l’album de Howe le contraste entre l’aspect industriel, dur et ouvrier d’Ottawa et la formalité et la constance des édifices du Parlement — un bon indicateur de la tension présente dans la ville après qu’elle est devenue la capitale.

En effet, les conflits et la tension se faisaient sentir dans l’ensemble du nouveau Dominion dans les années 1860 et 1870. Pendant des dizaines d’années, la politique canadienne a été contrôlée par un électorat élitiste d’hommes blancs propriétaires hargneux et provinciaux qui conservaient leur position en limitant le droit de vote et par la fraude électorale. La Confédération, qui devait en partie résoudre les tensions interrégionales, a seulement été établie après des années de négociation et sans consulter l’électorat. Le gouvernement responsable s’est enfin formé à la fin du 19e siècle.

Vue de la Tribune de la presse parlementaire, édifices du Parlement

Titre/Description : Tribune de la presse parlementaire, édifices du Parlement, CA027325
Article : MG825

La presse a joué un rôle de premier plan dans les débuts du gouvernement fédéral. De la première session législative à Ottawa, en 1866, à 1875, les débats parlementaires ne comportaient aucun enregistrement officiel. Il revenait à un petit groupe de journalistes connu sous le nom de la Tribune de la presse de noter les activités gouvernementales et de les transmettre à leurs lecteurs. Bien que la presse rapportait les activités du gouvernement avant la Confédération, ce nouveau corps autodirigeant (formé en 1867 sous l’autorité du président de la Chambre) légitimait leurs activités. D. Palmer Howe était l’un des premiers journalistes qui travaillaient à Ottawa, ayant déménagé du Nouveau-Brunswick pour écrire pour le St. John Tribune de 1871 à 1874. Une image clé de son album documente l’apparence de la Tribune de la presse parlementaire dans le premier édifice de la Chambre des communes (CA027325). La tribune est une grande mezzanine au style néo-gothique placée directement derrière la chaise du président de la Chambre, son emplacement représentant la personne de qui relève la presse.

Portait de la Tribune de la presse parlementaire, mars 1873

Titre/Description : Portait de la Tribune de la presse parlementaire, mars 1873, CA027326
Article : MG825

Si la presse a fait partie du processus démocratique dès la Confédération, elle était également une entreprise partisane, ses journalistes étant associés à des partis ou politiciens en particulier et recevant des faveurs. Par exemple, Tom White, que Howe a nommé le « père de la Tribune de la presse parlementaire » dans son album, représentait la Montreal Gazette pendant la même période que Howe et se servait de son journal comme porte-parole du Parti conservateur et comme plateforme pour sa carrière politique. Qui plus est, seule l’élite pouvait devenir membre de la Tribune de la presse parlementaire. L’élitisme est flagrant dans l’album de Howe, nommément une photo de groupe de la Tribune datée de 1873 (CA027326). Selon ses légendes, on y conclut qu’en mars 1873, la Tribune était une réflexion des anciennes colonies qui s’étaient jointes au nouveau Dominion du Canada (les journaux de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario et du Québec y sont représentés). On y constate également uniquement des hommes blancs de classe moyenne, comme Howe lui-même (assis à l’extrême gauche). De notre point de vue moderne, cette photo documente les personnes assez privilégiées pour faire entendre leur voix à la fin du 19e siècle, une voix qui transmettait leur interprétation des travaux parlementaires et qui légitimait souvent la position des personnes au pouvoir à une époque où de nombreux Canadiens n’étaient toujours pas admis au suffrage, notamment les peuples autochtones, les femmes, les hommes de la classe ouvrière et les personnes de couleur.

L’album personnalisé de D. Palmer Howe contient bien plus d’information, mais ce sera pour une autre fois. (L’histoire des photographes probables des images, soit William Notman et William James Topley, dont le studio se situait en face du Parlement sur la rue Wellington, mérite un article à elle seule.) Cet impressionnant album nous montre un passé qui semble à la fois si loin de la propreté d’Ottawa aujourd’hui, mais si près en matière d’enjeux sociaux et politiques. L’album de Howe sous-entend que la démocratie au Canada a toujours été controversée, un processus rude et agité qui a souvent profité de l’exclusion pour définir et privilégier les personnes au pouvoir. Il faut nous en souvenir en définissant les injustices du passé, en travaillant vers la réconciliation et l’inclusion et en témoignant d’événements mettant la démocratie et la liberté d’expression à l’épreuve. L’album de Howe nous rappelle que la démocratie n’est pas automatiquement inclusive et paisible — nous devons travailler fort pour l’atteindre.

Texte rédigé par Claire Sutton, archiviste de la Ville d’Ottawa | août 2021.